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L’Afrique en musique classique

Source: Agenda, 30/10/2015. Written by B. Tollet

Agenda 30/10/2015

FR | Askanyi semble réaliser l’impossible : lier Le chant africain et La musique classique. Quatre voix africaines se font accompagner par un quatuor à cordes pour créer une musique inédite. Le projet est aussi inattendu que logique dans une ville cosmopolite comme Bruxelles où les Zinnekes cohabitent et s’inspirent mutuellement. Si notre société multiculturelle peut créer des frictions à certains niveaux, elle constitue aussi une source infinic d’inspiration pour les artistes, C’est le cas d’Askanyi, né d’une étincelle au sein du groupe de reggae Jupiter & Massive 5, dont le Sénégalais Jupiter Diop était le chanteur et Sebastien Paz Ceroni le violoniste.
« Après une répétition, Jupiter m’a invité chez lui à Forest et lors de cette soirée. il a joué un morceau traditionnel qu’il avait harmonisé », se souvient Sebastien Paz Ceroni.
« Normalement, ce genre de chant soufi se pratique à cinquante voix pour une vénération à Dieu qui peut durer toute la nuit afin d’entrer en transe », explique-t-il par rapport au Zikr en question, un morceau traditionnel de la confrérie musulmane Baye Fall à laquelle Diop appartient. « Sa manière de chanter me faisait bizarrement penser au monde de la musique baroque. Je me suis mis à écrire un arrangement pour quatuor à cordes sur lequel il a chanté et ça marchait ! Zirk en D mineur à été le premier morceau du projet. On était stupéfiés de voir que deux genres si différents pouvaient se marier et an s’est dit qu’on allait essayer de monter un groupe autour de la rencontre du chant traditionnel africain et de la musique classique ».
À l’époque, il y a environ cinq ans. le groupe s’appelait Zikr Project car Paz travaillait essentiellement avec la musique de Jupiter Diop. Le projet Askanyi a surgi quand le groupe s’est ouvert à d’autres voix africaines qui ont apporté leur propre répertoire. « Askanyi veut dire ‘les peuples” en wolof, la langue de Jupiter, Les peuples au pluriel, car an travaille sur des chants venus du Sénégal, du Congo et du Burundi. C’était un fameux boulot de réécrire ces morceaux pour des instruments qui ne sont pas percussifs, alors que la musique africaine est percussive par essence. Il fallait faire ressentir ces rythmes dans la compasition tout en gardant l’univers du quatuor à cordes qui est beaucoup plus lyrique », poursuit Paz, qui a fait appel à des amis compositeurs / arrangeurs pour l’aider à transcrire la musique: Ben Iriks. Ludovic Jeanmart, Robrecht Kessels et Jasper le Clercq. « Les compositeurs ont dû garder la ligne de chant originale, en se donnant la liberté de changer les arrangements et les harmonies. Ensuite, il a fallu réharmoniser les voix. un travail fou que Fredy a réalisé à merveille! », raconte Paz au sujet du chanteur/rappeur du Congo Brazzaville Fredy Massamba, qui s’est dédié aux harmonies vocales.

Les questions existentielles, d’un point de vue spirituel ou philosophique, forment le fil conducteur de l’album. « Ce sont des questions que chaque peuple se pose : d’où venons nous, quelle est la destinée de l’homme sur terre, quelle est sa relation avec Dieu, la mort et ce qu’il y a après la mort. Ces thèmes peuvent rassembler les peuples, africains et européens, mais aussi à l’intérieur de l’Afrique, où les cultures peuvent fortement diverger de pays en pays ».